Introduction
Peut-on vraiment dire qu’un petit verre de vin rouge protège notre cœur ? Pendant des décennies, l’idée que la consommation légère d’alcool pouvait avoir un effet bénéfique sur la santé cardiovasculaire semblait faire l’unanimité. De nombreuses études observaient une courbe en « J », selon laquelle l’abstinence ou l’excès seraient néfastes, mais une consommation modérée — 1 verre par jour pour les femmes, 1 à 2 pour les hommes — pourrait réduire le risque de maladies cardiovasculaires. Pourtant, ces dernières années, ce paradigme s’effondre peu à peu. Une série d’analyses plus rigoureuses, intégrant les progrès de la génétique et des méthodes statistiques, bousculent cette certitude bien ancrée.
C’est dans ce contexte que s’inscrit l’étude de Biddinger et al. (2022), qui propose une analyse fine du lien entre consommation habituelle d’alcool et risque cardiovasculaire, en s’appuyant sur deux grandes cohortes : la UK Biobank (plus de 370 000 individus) et la Mass General Brigham Biobank. Cette étude apporte une réponse claire et nuancée à une question essentielle : boire peu d’alcool est-il vraiment bon pour la santé, ou ce bénéfice supposé est-il un artefact statistique ?
Objectifs et méthodologie
Objectif principal
L’étude visait à quantifier précisément l’association entre la consommation chronique d’alcool et le risque de maladies cardiovasculaires, tout en comparant les résultats obtenus par des analyses observationnelles classiques et des approches génétiques plus robustes, notamment la randomisation mendélienne. L’objectif était de déterminer si une relation de type dose-réponse existait, et si les faibles doses d’alcool étaient réellement protectrices.
Méthode et population
L’analyse principale s’est appuyée sur 371 463 adultes européens issus de la UK Biobank, suivis de 2006 à 2016. Une validation secondaire a été menée sur un échantillon indépendant de 30 716 individus de la Mass General Brigham Biobank. Les participants ont été classés en 5 groupes selon leur consommation hebdomadaire d’alcool :
- Abstinents : 0 verre/semaine
- Légers : 0 à 8,4 verres/semaine (moyenne 4,9)
- Modérés : 8,5 à 15,4 verres/semaine
- Importants : 15,5 à 24,5 verres/semaine
- Abusifs : > 24,5 verres/semaine (moyenne >21)
Les chercheurs ont utilisé deux types d’analyses : d’abord des modèles épidémiologiques classiques (analyses multivariées ajustées sur l’âge, le sexe, le tabagisme, le BMI, l’activité physique, les apports alimentaires…), puis des analyses de randomisation mendélienne, une méthode basée sur des marqueurs génétiques (9 SNPs liés à l’alcoolisme et 13 SNPs liés au score AUDIT-C) pour explorer des liens causaux.
Cette méthode permet de limiter les biais de confusion (par exemple : les buveurs modérés étant souvent plus actifs, plus éduqués et en meilleure santé globale que les abstinents, cela peut fausser les résultats des analyses traditionnelles).
Réponses