L’hypertrophie est-elle indispensable pour devenir plus fort en powerlifting ? Corrélation entre masse musculaire et 1RM

Table des matières

Introduction

Depuis plusieurs décennies, de nombreuses études ont mis en évidence des corrélations transversales fortes entre la taille des muscles et la force maximale. En d’autres termes, lorsqu’on observe une population donnée, les individus ayant des muscles plus volumineux tendent à être plus forts. Cependant, cette relation devient plus complexe lorsqu’on l’analyse de manière longitudinale, c’est-à-dire en étudiant comment les changements en masse musculaire au fil du temps influencent les performances en force. Certains chercheurs ont avancé que l’augmentation de la taille musculaire n’est ni nécessaire ni suffisante pour améliorer la force maximale, ce qui signifie qu’une personne peut gagner en hypertrophie sans pour autant devenir plus forte de manière proportionnelle, ou inversement, qu’elle peut augmenter sa force sans pour autant observer d’hypertrophie significative.

L’étude de Tromaras et al. (2024) s’inscrit dans ce débat en analysant la relation entre la masse musculaire maigre, la structure musculaire et la performance en powerlifting à différents moments de la préparation des athlètes : en période de pré-saison, où l’accent est mis sur le développement de la masse musculaire et de la force de base, et en compétition, où la performance maximale est recherchée. Cette approche est particulièrement pertinente, car elle permet d’observer non seulement les corrélations transversales, mais aussi les corrélations entre les évolutions de la masse musculaire et les performances.

Objectifs de l’étude

Objectif principal

L’objectif central de cette étude était d’analyser la relation entre la masse musculaire maigre et la force maximale en powerlifting. Plus précisément, les chercheurs ont cherché à déterminer si les gains en masse musculaire maigre et en volume musculaire étaient directement associés à une amélioration du 1RM en squat, développé couché et soulevé de terre. Ce point est crucial, car il permet de mieux comprendre si l’hypertrophie musculaire est une composante essentielle de la progression en force ou si d’autres facteurs, tels que les adaptations nerveuses et techniques, jouent un rôle plus déterminant.

Objectifs secondaires

En complément de cette analyse principale, les chercheurs ont exploré plusieurs questions secondaires afin d’affiner leur compréhension des mécanismes en jeu. L’une de ces questions était de savoir comment la performance évolue entre la phase de pré-saison et la phase de compétition, c’est-à-dire si l’amélioration de la force suit une trajectoire parallèle à l’augmentation de la masse musculaire. Une autre question concernait les modifications de l’architecture musculaire, notamment l’évolution de l’épaisseur du muscle, de l’angle de pennation et de l’aire transversale du muscle, afin de voir si ces facteurs influencent directement la capacité d’un athlète à générer de la force. Enfin, les chercheurs ont également cherché à savoir si les changements de force étaient corrélés avec des modifications de la masse corporelle et de la masse musculaire maigre, ou si d’autres paramètres entraient en jeu.

Méthodologie

Participants et critères de sélection

L’étude a été menée sur 11 powerlifters expérimentés, tous ayant au moins trois ans d’expérience en compétition. Ces athlètes ont été sélectionnés sur la base de leur participation régulière à des compétitions nationales et de leur engagement dans un programme d’entraînement structuré et suivi par un entraîneur qualifié. L’échantillon comprenait huit hommes et trois femmes, ce qui permettait d’avoir une représentation des deux sexes, bien que la majorité des participants soient des hommes, ce qui est représentatif du milieu du powerlifting compétitif.

Les athlètes masculins avaient en moyenne 31,7 ans, mesuraient 1,77 m et pesaient 99,2 kg, avec des performances moyennes de 250 kg en squat, 155,6 kg en développé couché et 266,6 kg en soulevé de terre. Les femmes, quant à elles, avaient 32,7 ans, mesuraient 1,54 m et pesaient 66,6 kg, avec des performances respectives de 132,5 kg, 68,3 kg et 135,8 kg dans les trois mouvements de powerlifting. L’inclusion d’athlètes ayant déjà un bon niveau de force permettait d’observer les effets d’un entraînement avancé, en éliminant les biais liés aux gains initiaux rapides observés chez les débutants.

Programme d’entraînement

L’entraînement suivi par les athlètes était structuré en trois phases distinctes, avec une approche progressive et individualisée. La première phase, d’une durée de six semaines, était centrée sur le développement musculaire et la force générale, avec des séries allant de 3 à 8 répétitions à une intensité de 80 à 93 % du 1RM. Cette phase visait à créer un stimulus hypertrophique optimal, tout en maintenant un travail technique sur les mouvements de compétition. La seconde phase, plus courte (quatre semaines), se concentrait exclusivement sur le développement de la force maximale, avec des séries très lourdes de 1 à 2 répétitions à 95-100 % du 1RM. L’objectif était ici de maximiser l’efficacité neuromusculaire et d’améliorer la capacité des athlètes à exprimer leur force sous des charges maximales. Enfin, les deux dernières semaines étaient consacrées à un taper, visant à réduire progressivement le volume d’entraînement afin de maximiser la récupération et l’expression de la force en compétition.

Chaque semaine, les athlètes effectuaient les mouvements principaux une fois par semaine, avec des exercices d’assistance ciblant les mêmes groupes musculaires répartis sur deux séances supplémentaires. Ce type de programmation reflète les pratiques courantes en powerlifting, où l’objectif est de combiner travail hypertrophique et développement de la force pure.

Mesures et analyses

Les mesures ont été effectuées avant le début de l’entraînement et deux jours après la compétition nationale afin d’évaluer l’évolution des athlètes. Pour évaluer la composition corporelle, les chercheurs ont utilisé un DXA scan, qui permet de mesurer avec précision la masse maigre totale, la masse musculaire du tronc et des jambes. L’architecture musculaire a été analysée via échographie, en mesurant l’épaisseur musculaire du vastus lateralis, l’angle de pennation et l’aire transversale du quadriceps. Enfin, la force maximale a été testée dans les trois mouvements du powerlifting selon les standards de compétition, et des tests complémentaires ont été réalisés, incluant la force de préhension, le saut contre-mouvement et un test de puissance anaérobie sur 10 secondes (Wingate).

Les résultats obtenus ont été analysés statistiquement afin de déterminer les corrélations entre les différents paramètres, en se concentrant sur la relation entre les modifications de la masse musculaire et les gains en force.

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